Poétique ou chaotique ?
Faut-il qualifier cette écriture de poétique ou de
chaotique ? A chacun sa vision. Les deux à la fois peut-être. Portée
vers plus de littérature, j’ai d’abord été déçue par ce roman haché par
un style télégraphique. Progressivement, au hasard de petites phrases
aussi courtes et simples que les autres mais porteuses d’images
originales et que l’on savoure un instant avant de reprendre sa
lecture, j’ai pris plus de plaisir à celle-ci, allant de l’avant pour
rencontrer la perle suivante. Celles-là ont disparu, mais ont cédé le
pas à des passages au charme lyrique. Les phrases se sont faites de
moins en moins phrases véritables. Où est le sujet, où est le verbe,
pourquoi ce point au milieu ? Quelques-unes feraient grincer les dents
d’un grammairien. On continue pour les réflexions du héros sur sa vie,
sur la vie, sur notre monde et les relations humaines. On y retrouve la
même dualité : beaucoup sont très pertinentes, d’autres plus vaines. On
s’attache au personnage, ce héros qui n’en est pas un, plutôt un paumé
qui n’arrive pas à faire ses choix. On veut savoir s’il trouvera dans
le désert le moyen de sortir de sa torpeur. Son esprit torturé par les
hésitations est très crédible. On ne peut pas en dire autant de ses
rencontres, trop faciles, trop belles. Mais puisque réalité et songes
se mêlent si souvent dans le texte, peut-être le tout n’est-il qu’un
rêve. Certains ont beau dire que ce roman peut se lire indépendamment
de celui qui le précède, on aimerait connaître les antécédents de
Pedro. Tout juste sait-on qu’il a la peau noire. Mais son sang est-il
portugais, brésilien, indien ? Qu’a-t-il vécu avec Jack, Claudio et
Junior avant d’enfin se décider à quitter Lisbonne pour le Maroc ? Pour
le savoir, lisez d’abord "Au rythme des déluges".
Chantal, 14/5/2004
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