Lowie
(Patrick) - L'Enfant du Kerala
Il y a des romans qu'on aime pas trop ne pas aimer. Ils
sont pleins de qualités indéniables, mais non rien n'y fait, ça ne
passe pas. L'Enfant du Kerala avait pourtant de quoi remporter
l'adhésion : un sujet et une thématique pas facile -dans un futur
proche, le quotidien d'un jeune bisexuel tourmenté par son passé-, des
parti-pris littéraires qui en eux-mêmes impressionnent...Pourtant, au
final, c'est mitigé, à un point que c'est embêtant de l'avouer.
Cette gène, pour ne pas dire ce malaise, elle vient avant tout du style
atypique adopté par Patrick Lowie, un style excellent mais qui n'est
pas le plus abordable à lire. Des phrases courtes. Très, très peu de
virgules. Des paragraphes qui prennent soudain des airs de poèmes.
L'Enfant du Kerala témoigne d'une richesse et d'une maîtrise de langage
indéniable, ainsi que d'une gestion parfaite de cette écriture peu
commune. La suggestion est en effet de rigueur, nous faisant deviner
entre 2007 et 2011 un avenir peu rose, à base de dictature, d'émeutes,
de guerre civile, autant d'évènements qui ne seront jamais décris de
front, mais laissés au bon soin de l'imagination du lecteur à grand
renfort de phrases sibyllines. Patrick Lowie n'a pas choisi la voie la
plus simple pour conter son histoire, partant même, ultime contrainte,
dans un récit se découpant soudain en flashbacks. Le problème est là :
l'Enfant du Kerala ressemble davantage à un exercice de style qu'à un
vrai roman. Livre assez court, L'Enfant du Kerala , par ses choix de
rédaction, n'en est pas moins hermétique. Parfois la sauce prend, et
l'on s'envole dans ces pages pleines d'une étrange poésie. Parfois non,
et le roman ne devient plus qu'une accumulation de phrases joliment
tournées mais vaines.
Reste la vie de Medhi, tiraillé entre deux amours qui font désordre.
Medhi et ses rêves. Medhi et ses origines perdues. Medhi à la recherche
de son passé. Medhi et son passage à l'âge adulte. L'Enfant du Kerala
est un roman humain, qui prend son temps entre les repas en forme de
rituels, les flirts avoués à demi-mot, les aléas d'un immobilier
déglingué...Plus que ce que deviendra notre société dans quelques
années, c'est l'histoire de Medhi et Angela, Medhi et Luca, Medhi et
Bilal. L'Enfant du Kerala est un roman désenchanté, doux amer, où un
couple en entraîne un autre, jusqu'à la solitude, où l'espoir laissera
place à la désillusion, le bien-être au mal-être. La fin du livre est
le début de l'histoire. Le reste du livre, presque sa fin. Comme
précédemment, Patrick Lowie nous fait ressentir avec peu de mots cette
notion de cercle vicieux, où il n'y a pas d'échappatoire, qui
n'apparaît réellement que le livre refermé.
L'Enfant du Kerala n'est pas un mauvais livre, ni une mauvaise
histoire. Son refus des conventions ne lui aura hélas que joué des
tours, lui faisant perdre force et parfois intérêt. Rageant.
Lestat.
Paru sur le site Krinein BD-Livres
http://bd-livres.krinein.com/Lowie-L-Enfant-du-Kerala-3702.html