Entretien avec Patrick Lowie: J’avais peur d’être incompris...
Pedro se décide enfin. Il quitte Lisbonne. Puis il quitte Marrakech pour se plonger dans le désert du Sahara et pour y vivre sa « légende des amandiers en fleur ". Roman d'une rare simplicité. Entretien avec son auteur Patrick Lowie...
Vous avez vécu 5 ans dans le sud marocain, votre roman 'La légende des amandiers en fleur' est-il un écrit de mémoire ou espace de soupirs ?
Ni l’un, ni l’autre. « La légende des amandiers en fleur » est la suite de mon précédent roman. Ce n’est ni auto-biographique ni une thèse sur le Maroc. Mes décors sont des personnages et souvent certains personnages font office de décor. Il y a des points de convergences avec ma vie. Mais peut-être pas exactement là où on l’imagine. Dans mon précédent roman, Pedro – personnage central – se posait déjà beaucoup de questions et surtout ne se décidait pas à quitter sa ville natale : Lisbonne. En même temps, on se rend compte que c’est par erreur qu’il arrive au Maroc. Il n’a pas beaucoup de clichés (positifs ou négatifs) sur ce pays. Il est vierge de tout sentiment. Indifférent.
Justement, d'après la première lecture de votre roman, on ne se fixe pas vraiment sur votre 'position' envers le pays .. Aimez vous ou pas le Royaume ? ou vous voulez garder une relation typique avec le Maroc ?....
J’ai toujours été un amoureux du Maroc que
je connais d’Erfoud à Figuig, d’Oujda à Taza, de Tanger à Marrakech, de
Ouarzazate à Tiznit. J’y ai fait du théâtre, organisé des tournées d’un
groupe de musique belgo-marocain, créé une ONG marocaine, un portail
Internet. Mon rapport avec la jeunesse marocaine a toujours été intense
de respect mutuel. Mes seuls regrets sont ceux de ne pas avoir été
compris par les autorités locales de Ouarzazate. Mes talents n’ont pas
été soutenus par les délégations respectives. Surtout la Délégation des
Affaires Culturelles de Ouarzazate qui a été pire que tout. Je ne
compte pas les violences qu’on m’a fait subir. Mais voilà, quand on
aime on accepte aussi ces blessures.
Dans le roman, l’idée du changement très positif de comportement de
Pedro envers le Maroc symbolisé par l’arrivée sur le trône de SM
Mohammed VI est la marque d’une passion sans borne pour ce que je
considère toujours « ma terre ». Et s’il est vrai que depuis quelques
mois je voyage beaucoup entre le Brésil et l’Europe, j’ai en projet de
revenir au Maroc cet automne. J’ai une relation particulière avec ce
pays car j’y suis entré par une autre porte. Mon chemin a été de
rencontrer d’abord les gens du sud avant de remonter pour découvrir les
villes du Nord.
Vous savez c'est peut être dérangeant de
lire par exemple le suivant sur votre dernier roman : ' je pensais que
les Arabes étaient violents. Impénétrables et surtout insensibles. Je
me suis trompé. On m'a trompé'...comment vous envisager une relation
communication avec les arabes et les musulmans avec ce genre de
"violence symbolique" ?
Je répète : c’est Pedro qui dit ça. Et il
dit surtout qu’il s’est trompé et qu’on l’a trompé. On le sent désolé.
Meurtri par cette idée d’avoir été dupé par l’imagerie collective.
Pedro est honnête. Il avoue ses erreurs. Ma relation avec les êtres
humains a toujours été liée au dialogue. Peu importe la religion ou les
origines. Je déteste la violence, l’arrogance des puissances et
l’ignorance de certains petits pouvoirs. Je pense effectivement que
certains passages peuvent être mal ressentis. J’ai voulu éviter
l’exotisme à bon marché et décrire un Maroc que peu de lecteurs
connaissent. J’ai voulu décrire ce qu’il y avait derrière le palmier
qu’on voit sur les brochures de l’Office de tourisme : un certain
quotidien. Et le quotidien est celui aussi de la haine de certains
diplomates étrangers envers les Marocains. La scène du diplomate
français qui donne des leçons de morale et qui ensuite vend des visas
dans un bar de Marrakech, ainsi que la violence de ses propos,
dérangeront probablement plus.
Les échos de lecteurs marocains me rendent heureux. Car j’avais peur
d’être incompris. Or, cette description peu exotique du Maroc, renforce
à mon sens, l’expression même de l’amour que j’ai pour ce pays et ses
habitants.
Il y a également dans votre dernier roman cette recherche infinie des définitions et sens .... êtes vous aussi spirituel que ça ?
Je parlerais plus de poésie que de spiritualité. Par contre, Pedro est à la recherche de sa vie. Cherchant des racines autre part qu’en Inde (je rappelle que son père était Goanais). Au fil des jours, il se déshabille. Ses questions avec ou sans réponse sont une manière de se dénuder. Et quand on se dénude on est plus authentique. On devient soi-même. Et dès qu’on devient soi-même on trouve l’équilibre et l’amour. C’est lorsque Pedro quitte tout - même le désir de l’amour - c’est lorsqu’il quitte ses vêtements stupides qu’il découvre l’essentiel. J’ai voulu décrire le Maroc comme une partition musicale. Avec ses notes graves et ses mélodies insouciantes. Un Maroc regardé autrement. Par un être particulier.
Des projets très proche ?
Toujours
beaucoup de projets. Je suis à la fin de l’écriture d’un nouveau roman
« Le chemin peu crédible », je vais mettre en scène une pièce théâtrale
intitulée « Le Plongeoir » que j’espère présenter aussi au Maroc et
nous continuons avec l’association « Cosmos Medina » (en Belgique, au
Maroc et au Brésil http://www.cosmos-medina.org de créer des projets
culturels, sociaux et économiques et de créer des liens Nord/Sud et
Sud/Sud entre les jeunes. Pour mieux comprendre, il suffit de surfer
sur notre portail Biliki http://www.biliki.com – Nous offrons aux
créateurs d’utiliser notre portail comme espace de diffusion artistique.
Propos recueillis par Tarik Essaadi