On en parle - Le Littéraire.com
L’édition indépendante belge compte quelques francs tireurs, dont
Biliki fait partie, et aussi feu les éditions Que qui viennent d’être
définitivement sabordées par Luc Pire ; mais qui vont renaître bientôt
sous la forme d’une collection chez un grand de la place, je fais
confiance à l’ami Bruno qui a plus d’un tour dans son sac.
Nonobstant, vouloir être décalé et tout prendre systématiquement à
contre-sens n’est pas, non plus, gage de talent, si bien que Rogerio
Veloso, éditeur belgo-brésilien victime d’un tireur fou en gare de
Bruxelles, n’est pas Ravi Pangloss dont Les béatitudes nous avait -
enfin ! - sortis de notre quotidien grisâtre et fait pousser des hourra
! de bonheur littéraire et d’humour noir.
Et donc Patrick Lowie n’est pas Stefan Liberski, ce qui fait que l’on
reste un peu sur notre faim. Sans compter que ladite fin pourrait en
tenter plus d’un d’en découdre physiquement avec l’auteur car, même si
l’on a compris l’essentiel mais que l’on reste dubitatif sur le dessein
final, se voir asséner que dans ce cas, si vous n’avez rien compris
[c’est ] parce que vous êtes un homme moyen : un homme moyen est un
monstre, un délinquant dangereux, conformiste, raciste, esclavagiste,
poujadiste. Vous n’existez pas... pourrait donner des fourmis dans les
mains, voire l’idée à l’entartreur d’aller entartrer le bien nommé
donneur de leçons.
Bref, ce roman à clés part plutôt bien et l’on s’amuse à décoder les
ficelles qui sont bien là pour nous faciliter la vie : la GHNAC pour la
FNAC, Luca Peggio pour Luc Pire qui en prend pour son grade, et c’est
tant mieux car après Nicolas Philippe - en France - la Belgique compte
aussi son mégalomane malhonnête qui se prend pour un éditeur et cumule
ce que l’on appelle, en conseil d’administration, les accidents
industriels en voulant systématiquement prendre les lecteurs pour des
cons.
Les millions d’euros partent en fumée et l’on ne peut que rire de ses
déconfitures successives et attendre patiemment que l’actionnaire
majoritaire, un groupe allemand, siffle bientôt la fin de la partie
pour que le sieur Pire retourne dans le cul de basse fosse qu’il
n’aurait jamais du quitter, tant son esprit, son allure, son entregent
et son rapport à l’autre tiennent plus du goret dans sa mare que de
l’homme de lettres...
Mais bon, quelques bonnes saillies ne font pas un roman. Dénoncer
les biographies de stars de 25 ans, les nègres et les livres sur
commandes, soit ; mais encore ?
Et que dire des délires de Rogerio sur son lit d’hôpital qui
n’apportent pas grand chose à l’analyse du grand chaos du monde des
Lettres ? A moins d’être personnellement impliqué dans le microcosme
belge, certaines nuances ne m’ont pas sauté aux yeux. Suis-je seulement
moyen ?
Attention, ce livre contient du T450.
François Xavier, le 7 mai 2009 - article3595.html
Patrick Lowie, Le printemps des chiens errants, cool. "Capputchingo",
Biliki, mars 2009, 101 p. - 12,00 €